Sonate II pour piano arrangé

Je vous poste cette courte vidéo pour que vous puissiez vous faire une petite idée du piano arrangé qu’utilisait John Cage et dont je parle dans différents articles, notamment là.

Ce n’est pas tant pour la musique que pour la photo qui l’accompagne et qui permet une vision précise du son si particulier du piano arrangé.

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Reunion : partie d’échec entre John Cage et Marcel Duchamp

Marcel Duchamp est une figure phare de l’art contemporain. Il est généralement rattaché au mouvement Dada, du début du XXème siècle. Cependant son travail ne s’est évidemment pas arrêté là. Il rencontre John Cage en 1941 et l’ouvre à des perspectives dadas comme le hasard, et lui transmet sa passion pour les échecs.

Aujourd’hui, nous nous pencherons sur Reunion, de 1968, qui consiste en une partie d’échec entre John Cage et Marcel et Teeny Duchamp. Il s’agit de la dernière apparition publique de Marcel Duchamp, ce qui rend la rencontre d’autant plus marquante. Ils ne sont pas les seuls à collaborer sur ce projet, en effet, il y a aussi toute une équipe technique pour ainsi dire, où l’on retrouve d’ailleurs des noms familiers comme celui de David Tudor entre autres qui était chargé de la musique électronique. Teeny et Marcel Duchamp se sont relayés pour jouer contre Cage sur un plateau d’échec électronique relié à des machines qui produisaient des sons. Chaque mouvement des pièces sur le plateau modifiait la musique, ce qui rend un effet sonore particulier, complétement aléatoire pour ne pas dire hasardeux – en d’autres termes, parfaitement dans la lignée de pensée de John Cage et de Marcel Duchamp.

Teeny Duchamp, Marcel Duchamp et John Cage au Ryerson Institute de Toronto, photographie de Shigeko Kubota, le 5 mars 1968.

En faisant quelques recherches, on se rend compte que très peu de sites ou d’articles sont consacrés à cette performance. En effet, emblématique, elle est très souvent citée que ce soit au sujet de Cage, de Duchamp ou même des deux hommes mais rarement traitée à fond. Cependant, il existe ce qu’on peut considérer comme une mine d’or d’informations sur Reunion (1968), extraite du Leonardo Music Journal, en 1999. Leonardo/ISAST est une organisation a but non lucratif qui sert – en publiant en ligne, par revue, par livres – les travaux de chercheurs, artistes, étudiants, etc. On trouve également ce qu’on pourrait appeler un satellite français appelé OLATS (Observatoire Leonardo des Arts et des Technosciences). Cette fameuse mine d’or se présente sous un format pdf d’une huitaine de pages. Elle contient un récit détaillé de l’organisation de la performance, de son déroulement, d’une sorte de fiche technique avec les joueurs, les chargés du son, etc, mais aussi, tout le fonctionnement du plateau d’échec électronique conçu par Lowell Cross, le tout illustré par des photographies de Shigeko Kubota et des schémas. À mon sens, on ne peut pas trouver plus complet, le dossier regroupe toutes les informations possibles sur cette performance et sur les participants de façon générale.

Alors avis aux amateurs, je vous met le lien à la fin de l’article. Mais encore une fois, il faut être anglophone !

http://homepages.stca.herts.ac.uk/~ssam2pract/group3/GaygusuzAdem/chess.pdf

La Merce Cunningham Dance Company

Merce Cunningham étudie à la Cornish School à Seattle lorsqu’il rencontre John Cage qui accompagne les cours au piano. Cette rencontre semble être celle qui va sceller le destin artistique des deux hommes ainsi que leur histoire personnelle. En 1944, lorsque Cunningham quitte son rôle de soliste dans la Martha Graham Dance Company, Cage l’accompagne au piano sur ses premières chorégraphies en solo.
En 1953, avec le soutient artistique de John Cage, il fonde alors sa propre compagnie : la Merce Cunningham Dance Company.
Elle est fondée au Black Mountain College et inclut donc des danseurs mais aussi des musiciens comme John Cage évidemment mais aussi le pianiste David Tudor et le peintre Robert Rauschenberg.
La troupe de la Merce Cunningham Dance Company se déplaçait dans un minibus conduit par John Cage qui ne pouvait pas accueillir un membre de plus. On comptait donc : Merce Cunningham, John Cage, David Tudor, Robert Rauschenberg, et six danseurs. Le site web Merce Cunningham Confiance qui semble être le site officiel de de la compagnie relate bien son histoire. On apprécie d’y trouver des informations sous forme d’anecdotes qui donne une proximité avec le groupe.
La première tournée internationale a lieu en 1964.
Ce que veut transmettre Merce Cunningham est une musique nouvelle et une autre forme de danse, loin des codes traditionnels. Nouvelle conception du mouvement, Cunningham perçoit les corps comme libre dans l’espace, qui l’investit par la force du corps et l’aléatoire de la situation. Musique et danse sont indépendantes l’une de l’autre.

John Cage sera associé à cette compagnie jusqu’à sa mort. On peut aussi dire, il me semble qu’il en a été la source. Sans son soutient, peut être que Merce Cunningham ne l’aurait pas créé.

La Merce Cunningham Company est le nœud de jointure entre différentes formes d’art : John Cage pour la musique (premièrement mais Cunningham puisera dans de nombreuses autres sources musicales aussi larges que le groupe Radiohead), Jasper Johns ou Robert Rauschenberg pour la scénographie, la danse par ses chorégraphies. Il rassemble ces arts et par là les rend indépendants, visibles indépendamment les uns des autres. Cunningham ne recherche pas la narration.

On peut citer de nombreuses œuvres, l’une des plus connues et qui illustre le mieux la collaboration avec John Cage fera l’objet d’un article spécialisé : Roaratorio
Pour comprendre mieux le travail de Cunningham, on peut parler de son Event. Selon l’article de l’encyclopédie Larousse, elle est l’œuvre la plus aboutie conceptuellement. Sans entracte, elle évolue selon le lieu de la représentation. Des extraits de différentes œuvres sont présentés et sont choisis de façon totalement aléatoire la veille de la représentation. Cunningham dit vouloir faire vivre « l’expérience de la danse ». Le fait que Cunningham joue tout sur l’aléatoire de la représentation montre une volonté de présenter un spectacle toujours nouveau, idée de retour qu’il tient surement de ses débuts au sein de la Martha Graham Dance Company. Il est aujourd’hui considéré comme celui qui a ouvert la voie à la chorégraphie « postmoderne ».

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La Merce Cunningham Company lors de sa tournée d’adieux

« Libération pour l’art chorégraphique qui se contentait à l’époque d’illustrer la musique »

http://spectacles.premiere.fr/Exclusivites-spectacle/Dossiers/Merce-Cunningham-Retour-sur-une-carriere-revolutionnaire-1857495/La-collaboration-avec-John-Cage-1857587

http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Cunningham/111215

http://www.mercecunningham.org/newwebsite/

Roaratorio : An Irish Circus on Finnegans Wake

On se penchera plutôt ici sur le travail de John Cage avec son compagnon Merce Cunningham. Ce-dernier a monté la Merce Cunningham Dance Company en 1953, au Black Mountain College – qui a déjà fait l’objet d’un précédent article – et John Cage en devient le directeur musical puis le conseiller musical jusqu’à sa mort en 1992. Ensemble, ils ont mis au point un spectacle intitulé Roaratorio : An Irish Circus on Finnegans Wake. L’une des oeuvres phare de la Company.

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Bret Hartman, Danseurs de Roaratorio, Théâtre de la Ville, novembre 2010.

Le site de la médiathèque de l’IRCAM (Institut de Recherche et de Coordination acoustique/musique) propose toute une page consacrée à Roaratorio répertoriée dans Brahms, une base de documentation pour la musique contemporaine. Sur cette page, on trouve ce qu’on peut considérer comme une brève fiche technique – pour la chorégraphie, le son, la mise en scène, la composition sonore avec John Cage récitant, Joseph Heaney chantant et Mel et Peadar Mercier aux percussions. Les informations fournies par cette page sont organisées par catégories, plus ou moins importantes, pour permettre au chercheur comme au simple visiteur de s’y retrouver. La principale catégorie s’intitule « Note de programme ». Il s’agit en fait de propos directement rapportés de John Cage au sujet de Roaratorio. En effet, on y découvre dans les détails la condition de création, de composition de Roaratorio, depuis les inspirations de Cage, jusqu’au choix du titre, voire aux débuts de la production du spectacle – qui, il faut le préciser cependant, n’a été présenté au public qu’en 1983, soit trois ans après l’entretien de Cage. Dans le texte, Cage met particulièrement l’accent sur les deux premiers points. Cette page est très enrichissante et offre au visiteur des informations de qualité qui proviennent d’une source première, John Cage. En bas de la page, il est bien précisé d’où le texte est tiré. Il est paru dans la brochure WDR à l’occasion du Prix Italia de 1980. Il est même précisé que ce texte a été traduit de l’anglais par Jean-Claude Emery. Le lien est à privilégier pour les visiteurs déjà sensibilisés à l’oeuvre de John Cage et à l’art contemporain de façon générale car ce-dernier y fait énormément de références en parlant de ses inspirations et de son travail préparatoire, en quelque sorte, pour Roaratorio, qui peut en perdre certains. Vous pouvez retrouver le lien de la page en bas de mon article.

En visitant différents sites, je suis tombée sur un article paru le 7 octobre 2011 sur un site anglais The Guardian (le lien est aussi en fin d’article). Il s’agit d’un site assez général organisé en différentes rubriques. Notre article se trouve dans le menu « Culture », puis la catégorie « Stage » (soit « scène » en français) et enfin dans la rubrique « Dance ». Et oui, vous l’aurez compris, ce site ne s’adresse qu’aux anglophones ! L’article présente plusieurs qualités mais qui dépend évidemment de ses lecteurs. Il ne s’adresse pas aux chercheurs en particulier mais donne un bon tour d’horizon sur le sujet et plus particulièrement sur la collaboration entre John Cage et Merce Cunningham. Il n’est pas très long, donc assez synthétique et clair mais il décrit assez bien le projet mis en oeuvre et permet d’avoir une base pour d’éventuelles recherches postérieures plus poussées. On peut parler d’une première sensibilisation au sujet.

Pour les curieux qui n’ont pas eu la chance de voir Roaratorio au Théâtre de la Ville en novembre 2010, j’ajoute aux deux précédents liens celui d’une vidéo Youtube de Roaratorio. Vous pourrez également trouver directement la vidéo dans la catégorie « vidéo » de notre blog. Dans cette vidéo, il ne s’agit pas de la représentation entière mais de quelques courts extraits qui donnent une bonne idée du résultat de la collaboration entre Cage et Cunningham. Le seul point d’ombre de cette vidéo pourrait être la qualité sonore qui pour certains extraits n’est pas de très bonne qualité et ne rend pas compte du travail musical et sonore de Cage avec précision.

http://brahms.ircam.fr/works/work/7120/

http://www.guardian.co.uk/stage/2011/oct/07/merce-cunningham-dance-company-roaratoria-review

http://www.youtube.com/watch?v=DNE1ezCTGMk

John Cage et David Tudor : 4’33’ ‘

Pour cette œuvre de silence, John Cage entame sa seconde collaboration avec le pianiste David Tudor. C’est très étonnant d’ailleurs, recourir à un pianiste de talent quand on voit que celui-ci ne touchera pas une seule touche de l’instrument, et qu’il se contentera d’ouvrir et de fermer le clavier au rythme de sa montre.

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David Tudor au piano lors de la première représentation de 4’33’ ‘

La première représentation de 4’33’ ‘ au Maverick Concert Hall de Woodstock le 29 août 1952 a beaucoup choqué. Les spectateurs s’attendaient à une représentation musicale et se sont retrouvés face à 4’33’ ‘ de silence : autant dire une arnaque !

Le morceau se compose de trois mouvements qui durent 33′ ‘, 2’40’ ‘ et 1’20’ ‘. A chaque fin de mouvement, le pianiste ouvre le clavier, regarde sa montre, puis le referme et laisse passer les quelques minutes ou secondes citées plus haut.

Le principe de ce morceau est bien plus qu’un simple silence. Pour John Cage, lorsqu’il a conçu cette œuvre, le but était de faire écouter le silence et d’aller bien au delà de ça car pour lui, le silence n’existe pas. Il veut pousser le spectateur à écouter le silence pour qu’il se rende compte des bruits qui l’entourent.

Ici encore, le lien entre le compositeur et l’interprète est primordial. Pour moi, John Cage devait avoir une forte estime et une grande confiance en David Tudor. Effectivement, Cage compte beaucoup sur l’aléatoire et sur les capacités d’adaptation du pianiste.

Cette œuvre se rapproche énormément du « happening ». Ici, l’interprète à un rôle majeur mais le public aussi qui, par ses réactions, prend part à l’œuvre. En effet, certains sortent de la salle, outrés par ce qui est pour eux une « non » représentation. D’autres décident de rester, face au silence. Mais on remarque vite que le silence est impossible. Il suffit que l’un d’entre eux tousse, qu’il ait une respiration un peu trop forte pour interrompre le silence total. C’est exactement ce que veut montrer John Cage. Ce n’est pas du silence. Le silence n’existe pas.

Pour rédiger mon article, je me suis beaucoup appuyée sur le site Evène. Il se poursuit sur deux pages et est très cohérent. On y trouve une critique intéressante de l’œuvre :

http://www.evene.fr/musique/actualite/john-cage-4-33-david-tudor-concert-musique-1553.php

→ ici, la représentation de l’œuvre 4’33 » par David Tudor http://www.youtube.com/watch?v=HypmW4Yd7SY

→ je remets l’article du site Universalis sur David Tudor si vous désirez plus d’informations sur le pianiste http://www.universalis.fr/encyclopedie/david-tudor/

John Cage et David Tudor : Music of Changes

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John Cage et David Tudor, création de Music of Changes, http://www.mariabuszek.com/ucd/ContemporaryArt/Images/Exam2/OnoCutPiece.gif

David Tudor, pianiste d’exception, est initié très tôt à la musique. Considéré comme un musicien d’avant garde, il rencontre John Cage en 1948. Les deux hommes qui se prennent d’affection décident rapidement de s’associer : en 1951 Music of Changes signe leur première collaboration.

Tudor rejoint le groupe Project of Music For Magnetic Tape fondé à l’initiative de Cage en 1952.

 Music of Changes marque aussi le recours de John Cage au Yi King, le « Livre des changements », et à sa philosophie orientale du zen. Ce livre va servir d’ « instrument » à la création de l’œuvre. Elle est constituée en quatre livres suivant une rythmique très précise 3-5-6-3/4-6-3/4-5-3-1/8. Le tempo marque les changements de notes qui ne sont plus identifiées par la mesure mais par l’écart dans la notation.

Cage remarquera lui même que parfois, « la notation est irrationnelle ». Le musicien doit alors se montrer indépendant de la partition, faire preuve de spontanéité. Le rôle du compositeur est de produire le son. Celui du pianiste est de le libérer.

Le lien entre le compositeur et le musicien est ici primordial : Cage introduit le hasard dans la composition grâce à des petits objets accrochés aux cordes du piano qui viennent changer le son produit par les notes.

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Détail : John Cage et le piano arrangé  

Il devait avoir une reconnaissance énorme du talent de David Tudor qui a su s’adapter à cette musique tellement aléatoire.

Ci-dessous, différents liens qui pourront vous aider à approfondir vos recherches:

Music of Changes : http://www.youtube.com/watch?v=B_8-B2rNw7s

http://www.universalis.fr/encyclopedie/david-tudor/

Le lien universalis est très intéressant malgré un accès limité : il faut être abonné pour pouvoir accéder à l’ensemble des informations. Cependant la biographie présentée est très complète, elle permet une approche de l’artiste déjà bien renseignée.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Music_of_Changes

Le lien wikipédia peut être utilisé mais de façon prudente. On a trop souvent tendance à utiliser ce site comme source unique d’informations. Mais il permet quand même des infos utiles et pertinentes qui aident à axer nos recherches.

http://expo.bibliotheque.toulouse.fr/167.html

Ce lien de la Bibliothèque de Toulouse est une découverte inattendue : on apprécie la fait que Music of Changes s’enclenche à l’ouverture de la page. On peut alors lire des informations très pertinentes sur l’œuvre en écoutant l’œuvre.