Fluxus : John Cage et Shigeko Kubota

Le groupe Fluxus a déjà fait l’objet d’un article, mais celui-ci va se concentrer sur la collaboration de John Cage avec l’artiste japonaise Shigeko Kubota. Au fil de l’article, vous verrez qu’on recroisera des noms et des oeuvres déjà traitées sur le blog. J’ai pensé qu’étudier cette collaboration pouvait être intéressant, non seulement pour montrer l’influence et la postériorité du travail de Cage et de ses collaborateurs sur le groupe Fluxus, mais aussi que tout ne se range pas automatiquement dans une catégorie : tous sont liés les uns aux autres.

Si vous avez lu l’article sur la collaboration de John Cage et Marcel Duchamp pendant leur partie d’échecs en 1968, vous avez peut être remarqué le nom de Shigeko Kubota dans la légende de la photographie de l’article.

L’artiste a été introduite dans le groupe Fluxus grâce à Yono Ono, elle se fait connaître du chef de file du groupe, George Maciunas. Elle rencontre ensuite Marcel Duchamp en 1968 dont elle avait déjà beaucoup entendu parlé et qui la fascinait particulièrement. Plus tard cette même année, elle est présente pendant la performance de Reunion, la partie d’échecs qui oppose Marcel, Teeny Duchamp et John Cage qu’elle photographie.En 1970, soit deux ans après Reunion, Shigeko Kubota et John Cage ont publié un livre intitulé Marcel Duchamp et John Cage qui rassemble les photographies de Kubota prises pendant la performance et des textes écrits pour le projet par John Cage.

Le livre est accompagné d’un 33 tours de l’enregistrement de Reunion.

Toutes ses informations sont dans « Tout-fait, the Marcel Duchamp studies online journal« . On y trouve une biographie de Shigeko Kubota qui détaille certaines oeuvres de la Japonaise, y compris un long passage sur Reunion et sur les trois oeuvres de cette artiste qui en découlent : le livre Marcel Duchamp et John Cage, une vidéo (1972) composée d’extraits d’entretiens de Cage, des images de la parties d’échecs, de Nam June Paik – l’un des artistes majeurs de Fluxus – mesurant les battements de coeur de Cage, etc. Et enfin, Video Chess (1968-1975) qui consiste en un moniteur télévisuel orienté vers le haut avec un échiquier et des pièces d’échecs transparents posés sur l’écran, qui diffuse des images de Cage et de Duchamp en train de jouer aux échecs.

Cela montre bien la postériorité de l’oeuvre de Cage, et même au delà, cela montre l’influence de son travail collaboratif sur les artistes du groupe Fluxus.

Ce site est très complet, il présente énormément d’informations quasiment introuvables comme par exemple  un extrait de l’enregistrement qui accompagne le livre Marcel Duchamp et John Cage, mais aussi plein de photographies d’archives (le site est la source de la photographie insérée dans cet article).
Si ce n’est déjà fait, vous pouvez aller sur ce site que j’ai mis en hyper lien dans mon article. Vous accéderez alors à toutes ces données !

Une postériorité pour l’artiste : la création du groupe Fluxus

« Fluxus nourrit une réflexion profonde sur la nature de l’art et le rôle de l’artiste »

Le groupe Fluxus apparaît au début des années 1960 sous l’influence de plusieurs personnalités : les figures de Marcel Duchamp et de John Cage

Le groupe Dada, dans les années 1910 avait procédé à une désacralisation de l’art. Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Son représentant le plus connu reste bien entendu Marcel Duchamp avec sa très célèbre et controversée Fontaine de 1917. Il cherche par là a remettre en question la légitimité d’une œuvre d’art. Duchamp a collaboré avec John Cage, vous pourrez lire l’article les concernant ici.
John Cage, est-il encore nécessaire de le présenter ? Il créé une nouvelle forme d’art, un art total qui rassemblerait différentes formes artistiques pour aller au-delà des normes traditionnelles. Il veut toucher le public en lui montrant l’art sous une autre forme, comme une remise à zéro de l’art pour en réinventer les codes.

Le groupe artistique Fluxus a eu une influence énorme sur le monde de l’art. Il veut, par le démembrement des codes traditionnels, créer un art débarrassé de sa forme connue et aller jusqu’à remettre en question la notion même d’œuvre d’art.
Ce groupe compte de nombreux artistes tels que Nam June Paik, Yoko Ono, Georges Maciunas, Robert Watts, Joseph Beuys et bien d’autres encore.

Alison Knowmes, Music by Alison, 23 mai 1964, N.Y., éxécutée par A. Knowles et Ben pendant le Fluxus Street Theater

Alison Knowles, Music by Alison, 23 mai 1964, N.Y., exécutée par A. Knowles et Ben pendant le Fluxus Street Theater

D’après l’article de l’encyclopédie Larousse, la première représentation qui aurait influencé et créé malgré elle le futur groupe Fluxus date de 1952 au Black Mountain College ! C’est à dire près de 10 ans avant que Georges Maciunas se décide à donner au groupe le nom qu’on lui connaît aujourd’hui.  Le Black Mountain College réunissait alors Cage, Tudor, Cunningham et Rauschenberg. Ces quatre artistes organisaient les premiers « happening » et fusionnaient les différentes formes artistiques. Ces représentations ont créé un déclic chez une autre génération d’artistes. Sous l’influence de leurs « mentors » et la volonté de Georges Maciunas, la groupe Fluxus va peu à peu prendre forme et se rassembler.
A partir de 1961, une série de performances est organisée, qui, d’après les mots de Georges Brecht, avaient « quelque chose d’indescriptible en commun ». Des artistes du monde entier vont se ranger sous ce groupe si bien que l’Encyclopédie Universalis relève un paradoxe : comment distinguer les artistes du groupe Fluxus des autres ? Doit-on hiérarchiser selon le travail effectué sous le joug du groupe, selon l’influence que certains artistes ont eu ? Doit-on mettre de côté certains artistes sous prétexte que leur influence n’a pas été majeure ?
Ce serait sûrement aller contre l’idée première du groupe, qui se veut hétéroclite, hors normes. On assiste, grâce à Fluxus, une abolition des frontières entre la vie et le monde de l’art. On ne parle plus de musique, de peinture, de sculpture, de danse etc. A la place, on retrouve un socle commun qui va se traduire par des gestes, des actions que l’on rangera dans des disciplines.
Dick Higgins va mettre en place neuf critères qui caractérisent le groupe :

  • internationalisme
  • expérimentalisme
  • iconoclastie
  • intermédia
  • résolution de la dichotomie entre l’art et la vie
  • implication
  • jeu ou gag
  • fugacité
  • spécificité

Fluxus va réussir à toucher un public large car il va s’emparer de différents médias comme les journaux, les films, les livres. L’organisation de festivals plutôt que des expositions a permis la participation d’un public nombreux et sur un temps limité. D’après la rapide étude que l’on a pu faire sur Fluxus, on peut voir que le groupe répond parfaitement aux neuf critères établis par l’artiste et écrivain américain Dick Higgins.

Yoko Ono, Cut Pieces, 1964-65

Yoko Ono, Cut Pieces, 1964-65

Dans la veine de Dada et de John Cage, Fluxus a su rassembler de façon internationale sous un même nom toute une conception de l’art. Sans leur influence, on ne pourrait sûrement pas parler de Fluxus aujourd’hui.

Je vous joins comme d’habitude les liens qui m’ont été utiles dans mes recherches :
http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Fluxus/152186

http://www.universalis.fr/encyclopedie/fluxus/1-les-tenants-de-dada-et-de-john-cage/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fluxus

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dick_Higgins

J’ai également consulté le livre Epoque contemporaine XIXe – XXIe siècles de Philippe Dagen et Françoise Hamon
DAGEN P. et HAMON F., Epoque contemporaine, XIXe – XXIe siècles, Flammarion Histoire de l’art, Paris, 2011